J9 : La tête dans le guidon

Des yeux presque sanguins, dirigés vers le sol et figés sur la roue arrière du vélo de devant. Je ne le quitte plus ce pneu qui tourne si vite que je n’en vois plus les sculptures creuses. Je bave, je transpire. La sueur coule dans mes globes, les irrite mais je ne me détournerai pas de lui. Plus rien n’existe à part ce pneu. Je prends mes responsabilités, bloque ma respiration et m’élance. Je passe à côté de mon partenaire, absorbe son souffle douloureux, dévisage son visage concentré. Je le relais. À mon tour de le délester du poids du leader. De faire face. De porter le fardeau pour deux.

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Car nous sommes bien d’accord deux, seuls dans cet épreuve. Bon nombre – peut-être toi, peut-être vous – pense que le vélo est une affaire individuelle. C’est faux. C’est un endroit où l’Autre fait fonction de partenaire. Il aide plus qu’il ne domine. Il ajuste plus qu’il ne bouscule. L’Autre, surtout, se dépouille de ses habits sociaux et montre sa bestialité, ses grimaces, sa souffrance, ses mouvements secs et en bascule, et sa volonté de vaincre. Vaincre quoi ? Vaincre qui ? Ni les routes, ni la chaleur, ni les reliefs, encore moins l’Autre. Vaincre juste soi-même. Se dépasser. Croire en soi, contre soi.

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Une côte, un vent de face, des jambes alourdis par les 80 km passés, peu importe. Il faut tenir, ne pas lâcher. « Tenir, tenir, tenir » comme un refrain éreintant que l’on se chante à chaque coup de pédale. Souffrir pour sentir le souffle du plaisir de réussir. Et au bout, se sentir vivant.

 

 

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